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" Vous savez le monde est divisé en deux, il y a vous et puis il y a nous. C'est sibyllin, je vous l'accorde...
Je m'explique. Vous avez une famille, un job, une voiture, un appartement que vous n'avez pas fini de payer. Embouteillages, boulot, dodo, tel est votre lot si vous avez de la chance. Métro, ANPE, insomnie car problémes d'argent pour les moins bien lotis. Votre avenir se résume à la répétition de votre présent. Vos enfants, s'ils se débrouillent, vivront peut-être dans 50métres carrés de plus et recouvriront de cuir les sièges de la Safrane familiale. Vous serez fiers d'eux. Ils vous améneront les petiots en vacances dans la maison que vous achéterez dans le sud de la France une fois retraités et a bout de forces.Vous êtes des bourgeois moyens, vous savez réparer une télé et madame fait bien la cuisine. Heureusement pour elle, sinon vous la largueriez pour la même en plus jeune, étant donné que cela fait vingt ans qu'elle vous fait le coup de la migraine. La dernière fois que vous l'avez touchée remonte au dernier match France-Italie, quand vous avez agrippé fébrilement son bras parce que la France marquait à trente secondes de la fin."Excuses moi, chérie."Vous avez quelques soucis en ce moment; vous devez réparer la machine à laver, Jennifer s'est teint les cheveux en rouge et se révèle plus adepte des percings que du catéchisme, Kévin a adopté un accent des banlieues des plus déplaisants. Tous deux sont médiocres et laids. Ce doit être l'hérédité. Votre femme frustrée laisse intentionnellement trainer sur votre bureau des exemplaires de Men's Health. Vous vous surprenez à rêver de votre secrétaire en string, de votre nièce en string, de tout le monde en string. Votre vie ne vous satisfait plus. Cela pourrait être pire. Vous pourriez habiter un trois-piéces-cuisine en banlieue, sans télé et sans lave-vaisselle. La version avec télé serait pire encore, car vos six enfants la feraient hurler en permanence, en particulier pendant les émissions de real TV.Vous pourriez vivre dans la rue .. Vous pourriez aussi être des nôtres...Mais qui sommes-nous? [...]A deux cents à l'heure dans les rues de Paris où il ne fait pas bon traîner quand nous sommes au volant, nous mêlons l'alcool à la beu, la beu à la coke, la coke aux ecstas, les mecs baisent des putes sans capotes et jouissent ensuite dans les copines de leurs petites soeurs, qui se font de toute manière partouzer du soir au matin. Nous sommes en plein délire, emportés dans une course éfrénée de gaspillage gargantuesque, de luxe luxurieux. On prend du Prozac comme vous prenez du doliprane, on a envie de se sucider à chaque relevé bancaire, parce que c'est vraiment honteux quand on y pense d'ailleurs, il y a des enfants qui crèvent de faim, alors qu'on s'empiffre et qu'on s'en met plein le pif. Le poids de l'injustice du monde repose sur nos frêlles épaules d'ex-enfants délicats. Vous, vous en êtes victimes, mais on ne peut vous le reprocher.
De toutes façon, quoi que nous fassions, c'est honteux"
Lolita Pill
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